De Clovis à Léon XIV : l’histoire en marche des papes en terre de France

Cap sur septembre : Les enjeux du voyage de Léon XIV

C’est maintenant confirmé, le pape Léon XIV fera un voyage apostolique de 4 jours du 25 au 28 septembre.

Cette visite à l’invitation du Chef de l’Etat et des Autorités ecclésiastiques de la France, ainsi qu’à celle du Directeur général de l’UNESCO, sera placé sous le thème : « pour que le monde ait la vie ».

Cinq grands rendez-vous sont d’ores et déjà donnés à Paris, Lourdes et Metz.

C’est l’occasion d’un retour sur plus d’un millénaire de relations passionnées, parfois tumultueuses, entre le
Saint-Siège et la « Fille aînée de l’Église ».                                                                                                                 

 

Le principe d’ubiquité pontificale : En s’appuyant sur le droit romain, le canoniste Henri de Suse théorise au XIIIᵉ siècle l’adage « Ubi est papa, ibi est Roma » (« Là où est le Pape, là est Rome »). La souveraineté et la sacralité de l’Église s’incarnent ainsi dans la personne du pontife, peu importe son lieu d’établissement.

Une terre de refuge et de diplomatie : Dès le Haut Moyen Âge, la France s’impose comme un allié majeur de la papauté. Ce lien s’illustre par le sacre de Pépin le Bref par Étienne II en 754, puis par la protection accordée au XIIᵉ siècle à des papes comme Alexandre III face au Saint-Empire romain germanique.

Le foyer d’Avignon : Le Sud de la France (Marseille, Avignon) devient temporairement le centre du monde catholique. Pendant près d’un siècle, les papes s’installent au rocher des Doms. Le pontificat du bienheureux Urbain V incarne cette période par son humanisme, ses réformes et la fondation d’universités (dont Montpellier), ouvrant la voie au retour définitif du Saint-Siège à Rome sous Grégoire XI, encouragé par sainte Catherine de Sienne.

Il faudra attendre la fin du XXe siècle pour que s’apaise la relation.

L’ère moderne : des géants de la foi 

Le renouveau des relations franco-vaticanes contemporaines s’articule autour de trois figures majeures aux styles radicalement différents.

Jean-Paul II, le marathonien francophile

Avec huit voyages au en France, Jean-Paul II est le souverain pontife qui a le plus arpenté le territoire français (hors sa Pologne natale). Dès 1980, son interpellation au Bourget reste historique : « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? ». Des JMJ triomphales de Paris en 1997 à son ultime pèlerinage au pas de charge à Lourdes en 2004, où il se présente en pèlerin malade et vulnérable, il aura marqué des générations de catholiques.

Benoît XVI, le dialogue des Bernardins

En 2008, le pape allemand choisit Paris et Lourdes. Moins adepte des bains de foule que son prédécesseur, il marque les esprits par la hauteur intellectuelle de son passage. Au Collège des Bernardins, devant le monde de la culture, il livre un plaidoyer magistral pour le dialogue entre foi et raison, répondant à l’appel de l’Élysée pour une « laïcité positive ».

François, la diplomatie des périphéries

Le style du pape argentin prend la France à rebrousse-poil. Refusant obstinément les visites pastorales classiques, François opte pour des sauts de puce ultra-thématiques : Strasbourg en 2014 pour parler à l’Europe, Marseille en 2023 pour défendre les migrants, et la Corse fin 2024 pour un colloque sur la piété populaire, absent des cérémonies pour la réouverture de Notre-Dame de Paris. Pour lui, la France se visite par ses marges et ses crises.